Errant European

NDLR: Voici le texte de mes remarques hier soir lors de la présentation du nouveau livre du Professeur Irnerio Seminatore, Directeur de l’Institut Européen des Relations Internationales (IERI) et de l’Academia Diplomatica Europaea (ADE), deux institutions Bruxelloises. Son livre, publié chez l’Harmattan, s’intitule “l’Europe entre utopie et realpolitik.” La conférence a eu lieu à l’Istituto Italiano di Cultura di Bruxelles (IIC).

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Le réalisme dans les relations internationales existe, je vous assure, aux Etats-Unis. Mais comme diplomate sur le terrain, je ne me posais pas la question “Est-ce que Henry Kissinger aurait approuvé?” L’ère du “Doctor Kissinger” – Secrétaire d’Etat de la realpolitik – était déjà du passé.

Dans ma première année comme diplomate, en 1979, il y eut deux événements qui continuent aujourd’hui d’influencer le cours des relations internationales – l’invasion Soviétique de l’Afghanistan, qui annoncait le début de la fin de l’URSS, et la chute du Shah d’Iran, qui a marqué la montée en puissance d’un mouvement, celui de l’Islam politique. J’y reviendrai.

Cette meme année 1979, le Président Jimmy Carter a fait un discours d’une rare franchise, appelé la “Crise de Confiance.” Confronté à une inflation galopante, à des ruptures répétées dans l’approvisionnement du petrole, il a avancé l’idée des limites de la puissance Américaine. Son idée (réaliste, je pense) était celle-ci – tant que les Etats-Unis dépendent des autres pays pour des denrées aussi essentielles que le petrole, le pays ne peut pas se dire puissant. Mais ce discours a mal passé, et en 1980 Carter a perdu les élections contre le candidat Républicain, Ronald Reagan, celui des discours “C’est le nouveau matin en Amerique” et “L’Empire du Mal.”

En ce printemps 2009, c’est une nouvelle sorte de “matinée en Amerique,” apres la longue nuit cauchmardesque des années Bush. Des années ou le réalisme était banni de la Maison Blanche, au profit du messianisme des néoconservateurs. L’un d’eux, Robert Kagan, se plaignait des réalistes, les qualifiant de “pessimistes professionnels,” et Bush Fils rejetait la politique de Bush Pere (celle de James Baker et de Colin Powell) qui savaient garder les équilibres délicats dans le Golfe Persique.

Aujourd’hui, il serait opportun pour les Européens d’étudier les nouveaux réalistes Américains representés par le Professeur Andrew Bacevich de Boston University, lui-même colonel de l’US Army en retraite. Conservateur, mais opposé à l’invasion de l’Irak, Bacevich a écrit plusieurs livres-clefs, notamment “Le Nouveau Militarisme Américain” et “Les Limites du Pouvoir: Fin de l’Exceptionalisme Américain.

Bacevich a même réuni une coalition de penseurs de la droite et de la gauche pour prôner “une politique étrangère réaliste.” Et ce conservateur réaliste Républicain a soutenu la candidature de Barack Obama.

Est-ce qu’un réaliste et un pragmatiste sont la même chose? Après les années “(sur)réalistes” de Bush, voilà le Président Obama qui reconnait – par la force des choses – les limites, mais aussi les possibilités, imposées par la conjoncture économique et stratégique.

Il ne fallait pas, comme l’a fait Reagan, ricaner de l’enlisement Soviétique en Afghanistan, parce que les acteurs de la faillite Soviétique sont toujours présents dans ce pays. Obama, qui a hérité de deux guerres idéologiques doit y mettre fin pour les bonnes raisons d’intérêt national et occidental.

Et l’affrontement idéologique entre l’Iran de l’Ayatollah Khomenei et ses successeurs et les Etats-Unis de plusieurs administrations n’a produit que des tensions dans la région. L’ouverture d’Obama vers l’Iran n’a que commencé, mais son pragmatisme se marie bien avec une volonté Européenne d’engagement pour une meilleure défense.

Irnerio Seminatore nous parle de la nécessité “d’une alliance euroatlantique sûre, large, et redéfinie.” Voilà le défi pour les réalistes sur les deux rives de l’Atlantique: Dans le pragmatisme Américain renaissant, et avec une Europe consciente de ses limites, les éléments d’une redéfinition des intérêts – et des capacités – en commun.

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