Errant European

NDLR: Voici mes remarques lors d’une conférence à Bruxelles organisée par GRIP, pour présenter leur nouveau livre, “Qui Arme Israel Et Le Hamas?”

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La politique américaine au Moyen-Orient et Obama : quels changements possibles ?

Je me présente aujourd’hui comme ancien diplomate américain au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Durant la campagne présidentielle américaine, j’agissais aussi comme militant Democrate, participant à différents débats en faveur d’Obama.

Si on veut discuter de changements possibles dans la politique américaine, il faut aussi parler de ce qui ne va pas changer:

• L’Administration Obama va continuer la politique américaine, vielle de soixante ans, qui favorise Israel.
• L’Autorité Palestinienne sera toujours l’interlocuteur privilégié des Etats-Unis.
• Hamas va rester, au moins pour le moment, sur la liste des organisations terroristes.

Ceci dit, on note déjà une nouvelle orientation de la politique d’Obama envers le Moyen-Orient.

Il y a quelques semaines, la presse faisait le bilan des trois premiers mois ou des “100 jours” d’Obama. Vu l’ampleur des problèmes – crises financière et économique, guerres en Irak et en Afghanistan, image internationale des Etats-Unis au plus bas – le bilan est plutôt positif.

J’ai essayé de regarder en arrière, de faire une comparaison avec les 100 premiers jours de George W. Bush:

• réduction d’impots pour les plus fortunés
• pourparlers secrets avec les sociétés petrolières
• “business as usual…”
• Jusqu’au… 11 septembre 2001

Chacun sait où cela a mené.

Au début de la présidence Bush, certains commentateurs voulaient la nomination de quelqu’un de prestigieux, par exemple l’ancien President Clinton, comme émissaire au Moyen-Orient. Il n’en fut rien, et jusqu’au sommet d’Annapolis fin 2007 (la dernière année de son mandat), il y a eu très peu de mouvement. Sa “feuille de route” émise en 2003, a été brouillée par l’invasion de l’Irak.

Par contre, Obama, dès son investiture, a fait un geste symboliquement important en téléphonant à Mahmoud Abbas en premier, avant tout autre chef d’état ou de gouvernement (il faut noter que Obama et Abbas vont se rencontrer aujourd’hui le 28 mai à Washington).

Presque en même temps, le nouveau Président a nommé l’ancien Senateur George Mitchell comme négotiateur dans le conflit Israelo-Arabe, dans un State Department présidé par Hillary Clinton (qui a hier, d’ailleurs, renforcé la position américaine contre les colonies israeliennes). Le message d’Obama était clair: je ferai de la résolution du problème Israel-Palestine une priorité de ma présidence.

Malgré cela, il va sans dire que les Etats-Unis sont et continueront d’être le principal fournisseur d’armes à Israel. Et Obama a evoqué, pendant la récente visite à Washington du Premier Ministre Israelien Benyamin Netanyahu, la “relation privilégiée” entre les deux pays.

Mais Barack Obama a aussi prononcé le mot “interets” une bonne douzaine de fois. C’est un mot qui peut vouloir dire une multitude de choses, mais dans le contexte des relations bilaterales américano-israeliennes, il peut signifier un nouveau réalisme, qui peut remettre en question le soutien sans conditions de l’Amérique à Israel.

Certes, Obama ne peut agir seul, sans tenir compte du Congrès. Celui-ci reste toujours “l’ami special d’Israel” comme les parlementaires aiment dire dans leurs circonscriptions électorales.

Il est pourtant intéressant de penser aux possibilités de changement, même au Congrès. Quand j’étais jeune diplomate au Moyen-Orient dans les années 80, j’avais comme ambassadeur un “nommé politique” qui ne sortait pas des rangs de diplomates de carrière.

Cet homme était juriste et conseiller d’un Senateur très influent, le chef des Républicains, Howard Baker. Et avant de devenir ambassadeur, ce conseiller avait rencontré Yasir Arafat, à l’époque consideré comme un terroriste, et donc infréquentable par les diplomates du State Department.

L’indépendance du Congrès peut contrarier la volonté du Président mais elle permet aussi l’ouverture d’autres voies de communication. Après l’attaque sur Gaza, une delegation d’élus Américains (y compris le Senateur John Kerry, président de la commission des affaires étrangères) est allé sur place, la première fois après un gel qui avait duré 6 ans. Et ceci seulement quelques semaines après une resolution au Congrès d’une partialité totale en faveur d’Israel.

La délégation du Congrès a souligné qu’ils n’ont pas rencontré d’officiels du Hamas. Mais le simple fait que des élus américains sont allé à Gaza montre qu’il y a une ouverture, même si elle est partielle. Il faut ici se demander si la “communauté internationale” peut toujours ignorer la réalité de la popularité de Hamas, et il faut tenir compte du fait que Hamas a gagné les élections à travers les territoires Palestiniens en Janvier 2006.

Cette année on a marqué le 30ieme anniversaire du traité de paix Israel-Egypte, fruit des accords de Camp David. La présence multinationale militaire le long de la frontière Israelo-Egyptienne montre comment de telles mesures peuvent rassurer des populations civiles, chose essentielle dans un futur accord Israelo-Palestinien.

Le Président Obama a commencé son mandat avec une diplomatie forte, visant une région qui souffre de la violence depuis des décennies. Sa visite le mois dernier en Turquie souligne l’importance de ce pays musulman, démocratique, et influent dans la région. La semaine prochaine, nous verrons Barack Obama dans le pays Arabe le plus peuplé – l’Egypte – qui joue un rôle essentiel dans les relations Israelo-Arabe.

Il y a une expression au Maghreb qui me revient souvent, “Haraka mush Baraka,” qui peut être résumé comme “mouvement n’est pas bénédiction.” Agir simplement pour la forme – ce n’est pas le style de Barack Obama.

Mais la politique cohérente d’Obama envers le Moyen-Orient laisse espérer en la possibilite, durant son mandat, d’un grand bond en avant vers la paix.

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